J’imagine volontiers que ce qui va suivre a du forcément vous arriver à vous aussi tant il est vrai que les amateurs de musique que nous sommes sont loin d’être infaillibles dans leurs premiers jugements. Ce ressenti erroné s’est produit en moi en 1974 lors de la sortie de l’album de Neil Young « On the beach ». Lors de sa réception sur les platines du magasin de disques ou j’effectuais les débuts de ma vie professionnelle, sa première écoute constitua, pour des raisons qu’il m’est encore impossible d’expliquer aujourd’hui, une totale déception pour toute l’équipe de vendeurs à laquelle j’appartenais. Etait- ce le climat procuré par les états d’âme torturés de notre Loner qui était à l’origine de ce sentiment bizarre qui nous avait conduit à ne pas « rentrer » dans l’album ? Peut-être, mais ceci est loin d’être une certitude ou bien alors était ce notre envie de rester sur le moment magique de « Harvest » que nous écoutions régulièrement en fin d’après- midi avant que le magasin ne ferme ses portes ? Peu importe, toujours est-il que nous n’avions guère promu ce qui allait devenir quelques mois plus tard, un de mes albums de « chevet ».

Car, allez savoir pour quelle obscure raison, lors de l’hiver suivant, je décidai de m’amener ce disque à la maison pour meubler une de ces tristes soirées ou la nuit débute à 18heure et prendre le temps de le découvrir dans des conditions de calme idéal. Une première écoute attentive commença à me faire réviser mon jugement avant que la deuxième me fit prendre conscience qu’une petite merveille était posée sur ma platine et me poussait à m’interroger sur mes réelles aptitudes à apprécier la qualité d’un album. Bien sûr, nous étions très loin du Neil Young de « Harvest » et commencions à découvrir le Loner miné par ses problèmes personnels qui allait prendre une direction sur laquelle je n’ai pas « adhéré » par la suite, mais comment avais-je pu passer à côté d’un monument comme le morceau » On the beach » qui donne son titre à l’album ou accompagné par le piano de Graham Nash, la basse de Tim Drummond et la superbe batterie de Ralph Molina, il nous livre un de ces solo de guitare qui réussit à faire frissonner votre corps et à vous faire pleurer. Celui-ci est à ce point envoutant que l’envie qu’il soit éternel vous prend dans tout ce que vous possédez de plus profond.

« On the beach » est un de ces albums qui ne vous laisse plus un seul instant de répit dès lors qu’il se trouve sur votre platine. La présence d’invités prestigieux comme ses amis David Crosby et Graham Nash ainsi que les deux compères de The Band que sont Levon Helm et Rick Danko amène une dimension supplémentaire à un album qui déborde de richesses mélancoliques et harmonieuses dont je me demande encore comment il m’a été possible de passer à côté lors de sa découverte.

                                                                                                                                       Frédéric.

 

Neil Young - On The Beach