Qui était mieux placé que lui pour nous conter l’histoire des débuts de ces groupes qu’il a eu le privilège de côtoyer dans ce Londres des sixties qu’il nous a décrit avec tant de talent ? C’est donc, avec un immense plaisir, que je vous laisse une nouvelle fois avec la superbe plume de notre ami Claude.

 

                                                                                                                         Frédéric.

 

 

Blodwin Pig ça vous dit quelque chose ? J’en doute. On va y revenir… mais, si c’est le cas, alors là bravo, vous faites partie sans aucun doute du club des vétérans !

Et “This Was” ? Encore moins ? Et pourtant il s’agit-là du tout premier LP de Jethro Tull, un opus blues-rock grâce auquel la flûte (traversière) fait une entrée remarquée dans le petit monde du british blues. Aux commandes, un grand échassier ébouriffé à la voix nasillarde, éructant, grognant et soufflant dans sa flûte, j’ai nommé Ian Anderson, et un guitariste de talent, Mick Abrahams qui, déjà, à l’époque, n’avait rien à envier à Clapton et consorts.

A chacun son truc ou plutôt son petit succès : “A Song for Jeffrey” pour le premier, “Cat’s Squirrel” pour le second, dont l’interprétation époustouflante surpasse pour nombre de spécialistes du genre la version de Cream.

L’album “This Was”, produit en octobre 1968 par Island Records, figurera 17 semaines dans les charts. Une sacrée performance qui, paradoxalement scelle la rupture entre Abrahams et Anderson.

En effet, au blues conventionnel prôné par le guitariste, le flûtiste leader du groupe ne tardera pas à opposer ses influences jazz, folk et sa passion pour la musique celtique.

Un genre musical auquel Abrahams ne souhaite pas adhérer.

Il quitte alors le Tull et réussit à joindre par téléphone une connaissance, un certain Jack Lancaster, alors aux Bahamas avec le groupe Sponge, saxophoniste (et flûtiste) de talent, acteur incontournable de la scène rock-jazz british. Il lui fait part de sa décision de former un nouveau groupe et lui annonce le recrutement de Andy Pyle (bass) et de Ron Berg (drums), garants d’une solide section rythmique. Lancaster accepte. Ainsi naquit Blodwin Pig,

Exit donc le héron funambulesque, place au cochon déjanté…

 

Après la publication d’un single (“Dear Jill”/“Sweet Caroline”) annonciateur des desseins musicaux de Mick Abrahams, Blodwin Pig signe un premier LP en août 69, “Ahead Rings Out”, sous le label Island (tiens donc !) dont le contenu, d’obédience blues-rock mais teinté d’une pointe de rock progressiste et de jazz sous l’influence de Lancaster, se démarque de la production habituelle des groupes à succès de l’époque.

La pochette sur fond rose ornée de la tête de cochon, un anneau dans le groin, clop au bec , lunettes de soleil et écouteurs restera gravée dans les mémoires. Toujours est-il que l’album s’attire les louanges de la critique aussi bien en Angleterre qu’aux Etats-Unis et entre dans le top dix des charts.

Un deuxième suivra en avril 70, “Getting To This”, qui atteindra la huitième place dans les classements britanniques. Le titre phare de l’album, “See My Way”, sera plébiscité.

Des breaks percutants, saccadés à souhait, la voix claire, harmonieuse d’Abrahams emportent l’adhésion.

Blodwin Pig ne survivra pas à ce succès pourtant amplement mérité.

Lancaster et Abrahams divergent peu à peu musicalement, le premier voulant imposer son orientation musicale axée sur le jazz (ce qu’il fera avec le Lancaster’s Bombers qui prendra la suite du Pig) et le second souhaitant continuer une musique puisant ses racines dans le blues-rock mais avec une totale liberté d’improvisation.

Abrahams jette l’éponge, sort peu après un album solo et continuera à tourner avec le terme Band accolé à son seul nom.

Ayant eu la chance de voir ces deux groupes sur scène, à leurs débuts et quelque temps après, je reste persuadé que le succès de Jethro Tull première mouture, reposa essentiellement sur le charisme de son leader Ian Anderson de même que sur le jeu à la fois raffiné et percutant de Mick Abrahams. Mais, à n’en pas douter, la grande force de la formation c’était cette fichue flûte assurant le tempo, inattendue, déroutante pour ne pas dire décapante.

L’approche de Blodwin Pig était, elle, beaucoup plus traditionnelle mais ô combien efficace. Les impros au sax de Lancaster, l’indéniable talent d’Abrahams et ses envolées à la guitare, tranchantes mais parfaitement contrôlées, vous transmettaient sans tarder le frisson tant espéré. Une sorte de déclic apte à vous procurer le sentiment que vous vivez là un moment d’exception.

Dommage que Mick Abrahams n’ait pas jugé bon de rebondir tant qu’il était encore temps et ce, malgré quelques tentatives avortées. Toujours est-il que son style musical est aujourd’hui encore unanimement reconnu et apprécié.

Pour la petite histoire, rappelons que Jethro Tull est un nom hérité de l’inventeur anglais au 18ème siècle, du semoir des paysans.

Pour Blodwin Pig c’est beaucoup plus compliqué et je n’ai pas encore trouvé à ce jour de réponse satisfaisante. Toujours est-il que Blodwin est le nom d’une fleur blanche (sacrée paraît-il) du Pays de Galle mais aussi un prénom féminin assez usité en ces contrées. Alors… notre sympathique cochon ne serait-ce pas plutôt une truie ? La question reste posée !

 

                                                                                                                          Claude.

 

Blodwyn Pig

Blodwyn Pig - Summer Day