Heureux public parisien qui a la chance de posséder un club de jazz à la programmation aussi prestigieuse que le Ronnie Scott de Londres ou le Blue Note de New York City, ce club, vous l’aurez tous reconnu, se nomme le New Morning, situé rue des petites écuries dans le dixième arrondissement.  Ce genre de salle permet de se situer tout prêt de la scène et de ressentir ainsi parfaitement les émotions que font passer les artistes. La carrière du couple Flora Purim / Airto Moreira a toujours été un modèle d’innovation permanent à travers la musique Sud -Américaine et Brésilienne en particulier et le jazz. Dresser ici la liste des artistes avec qui ils ont évolué serait impossible car trop long et fastidieux pour le lecteur de cet éditorial, mais citons néanmoins Miles Davis, Weather Report, Chick Corea, Herbie Hancock et bien d’autres.  C’est donc avec une impatience non dissimulée que je me préparais à assister au concert du duo magique en ce soir de novembre 1988.

La direction du New Morning avait sorti ses tables de manière à accueillir le maximum de spectateurs, car voir ces deux artistes ensemble sur une scène était un événement comparable à un concert d’Eric Clapton et il est inutile de vous dire que le concert était sold out depuis bien longtemps. Pour ne rien rater et être au plus près de la scène, je décidais de me rendre à la petite salle bien avant l’ouverture des portes. Bien m’en pris, car j’étais loin d’être le seul à avoir eu cette idée et ce fut non sans mal je j’arrivais à me positionner juste devant la scène. Les solos délirants de percussion d’Airto et son immense bagage technique avaient toujours exercé sur ma modeste personne une véritable fascination et c’est un sentiment allant bien au-delà de la curiosité qui m’envahissait petit à petit. La voix envoûtante de sa femme Flora Purim avait bercé de très nombreuses fins de soirées de l’époque où je travaillais comme disquaire dans la petite discothèque du bassin d’Arcachon « La Corvette » et je ne comptais plus le nombre de fois où le premier album de Return To Forever défilait sur les platines en parfaite harmonie avec le lever de soleil qui illuminait le bassin depuis la terrasse.

Je souhaite à chacun de vous de vivre un concert dans ces conditions. Vous êtes à peine un mètre des artistes et la multitude des petits détails qui se portent à vos yeux vous procure vraiment l’impression d’être au centre de la scène. Par le passé, j’ai pu assister à des concerts backstage, mais étant positionné sur le côté, la communion avec l’artiste est différente. C’est donc avec une excitation immense et grandissante que j’aperçois deux ombres qui montent sur scène. Airto Moreira est tel que je l’imaginais, cheveux longs bouclés, tenue plutôt excentrique, sa femme Flora Purim est-elle vêtue de manière plus classique, le fidèle bassiste Garry Brown les accompagne, de même que Helio Alves aux keyboards. Le concert démarre par un morceau relativement doux, la voix de Flora Purim est un véritable voyage au Brésil à elle seule. Quelle douceur ! Quelle sensualité !  Le début du concert est assez sobre, mais je suis interloqué devant la synchronisation du groupe, Airto se livre à quelques improvisations assez fantastiques, en particulier sur une très longue version de « La fiesta » et la place que j’occupe dans la salle commence à prendre toute sa valeur.  Et subitement le concert prend une dimension sidérante.

Airto se livre à un solo de percussion monumental de près de 20 minutes ou cris et manipulation de multi instruments se mélangent à un rythme infernal me laissant admiratif et sans voix. La manière de passer d’un instrument à un autre sans la moindre pause fut absolument stupéfiante. Quand il eut terminé, l’ovation de la salle fut immense. Le concert se poursuivit avec beaucoup d’extraits des albums solos de Flora Purim somptueusement interprétés. Au bout de deux heures de spectacle aussi intense, il était difficile de reprendre son souffle tant le spectacle proposé par ces deux géants du jazz ne nous a pas laissé le moindre instant pour respirer.

En sortant du New Morning et en m’engageant dans le froid de novembre qui enveloppait la rue des petites écuries, je rêvais de la plage de Copacabana et de cette baie que pendant deux heures Flora Purim et Airto Moreira venaient de m’offrir.

                                                                                                                                              Frédéric.

Ps : Divine surprise, Airto Moreira se produira le jeudi 7 juin à 21h au New Morning. Bien évidemment, nous aurons largement l’occasion d’en reparler au cours des prochaines semaines.

Flora et Airto

Airto