Nashville est décidemment un endroit incroyable et paradoxal, une véritable jungle ou règne la loi du plus fort, capable de faire et de défaire des carrières, mais aussi un lieu où le visiteur qui s’y rend pour la première fois est tout de suite séduit par l’atmosphère unique régnant dans ses bars, ses magasins de disques, véritables cavernes d’Ali Baba de la musique country et aussi ses boutiques de vêtements avec ses fameuses chemises de cowboys vendues à des prix dérisoires.

En ces années 70, la ville était un endroit plutôt réactionnaire, ou la jeunesse portant des cheveux longs n’était pas particulièrement la bienvenue. Je ne remercierai donc jamais assez John et Wayne Moss, propriétaires des studios Cinderella (là ou Eddy Mitchell enregistra ces fameux disques qui donnèrent un nouvel élan à sa carrière) pour leur accueil et pour la soirée passée en leur compagnie dans ses bars/restaurants ou le blues et la musique country régnaient en maitres absolus et pour m’avoir ainsi permis de partager des moments inoubliables, avec en particulier cette rencontre en studio avec Charlie Mc Coy, qui préparait sa petite merveille « Harpin’ the blues », album bien différent de sa précédente production car, comme son titre l’indique très orienté blues.

La couverture de cet opus illustre d’ailleurs à merveille l’atmosphère unique régnant dans ces bars ou la musique est reine. Nous retrouvons tous les requins de studio de Nashville y compris Paul Franklin, roi de la steel guitar, qui a accompagné tout le gratin de la country comme Emmylou Harris, Vince Gill, Rodney Crowell et même Dire Straits et Peter Frampton. Mélangeant la country, le blues et même à certains moments le jazz de New Orleans, cet album, essentiellement instrumental, est le parfait reflet de cette Amérique musicale profonde et pleine de contradictions, symbolisée par Nashville, hostile aux nouveaux sons, mais aussi capable de s’ouvrir, mais surtout accueillir les nouveaux talents, comme elle l’a démontré en faisant un véritable triomphe à des jeunes hippies bourrés de talent et qui avec le temps sont devenus un véritable groupe culte dans la charmante ville du Tennessee : Nitty Gritty Dirt Band.

Tel était Nashville en ces années 70. Si vous souhaitez faire un petit voyage à bas coût, servez vous donc un bon bourbon et mettez sur votre platine l’album de Charlie Mc Coy « Harpin’the blues ».

35 minutes d’évasion et de rêve vous attendent.

                                                                                                                               Frédéric.

Charlie Mc Coy

Charlie McCoy - Blue Yodel n° 1