Eric Clapton avait, il y a quelques années, annoncé son intention de se retirer définitivement de la scène avant de se raviser, pour des raisons matérielles, en donnant quelques concerts dans des lieux bien ciblés. Le moins que nous puissions dire, après sa consternante et lamentable prestation de dimanche dernier à Hyde Park est qu’il est vraiment temps qu’il tienne parole. Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé en lui réservant un accueil, certes révérencieux du fait de son immense carrière, mais surtout dépourvu du moindre enthousiasme et a offert en échange un triomphe majuscule à Carlos Santana, vainqueur par KO à l’applaudimètre, sans la moindre discussionpossible.

Avant de terminer cette saison de chroniques quotidiennes sur une note d’optimisme vendredi avec Carlos Santana et son épouse Cindy Blackman, je vous propose donc aujourd’hui, de nous attarder sur l’échec retentissant d’un des plus brillants guitaristes que le monde ait connu, en l’occurrence Eric Clapton.  La chronique de la semaine dernière affirmait que le show de Slowhand ne résisterait certainement pas longtemps à une analyse lucide et objective, s’il se situait dans la continuité de ses récentes prestations. C’est, hélas, effectivement le profond ressenti en ce mercredi 11 juillet. La seule circonstance atténuante pour notre légendaire guitariste était que passer après Carlos Santana relevait de la mission quasi impossible, tant celui-ci ensorcela littéralement la foule.

A 20h15 précises, Eric Clapton entra donc sur scène et autant le reconnaître (d’ailleurs ceci nous arrivera à tous malheureusement un jour de notre vie) l’homme a pris un terrible coup de vieux. Visiblement handicapé par un problème au genou, notre guitariste commença à nous débiter, tel un orgue de barbarie, son insupportable set list qu’il nous livre depuis plus de cinq interminables années. Chantant de manière fort médiocre avec une voix chevrotante et loin d’être juste et toujours entouré par son « apprenti - boucher » de guitariste, Doyle Bramhall II, véritable cauchemar pour tout amateur de bonne musique, pour la première fois depuis fort longtemps, les rares solos qu’il prit ne décollèrent jamais et n’eurent aucun impact sur le public, car ils étaient dépourvus de toute sensibilité et de tout côté aérien, éléments indispensables à la réussite d’une prestation devant un aussi large public. Pour s’en convaincre, il suffisait juste de regarder la réaction des personnes vous entourant et qui applaudissaient de manière polie alors qu’elles étaient, une heure avant, en transe en train de danser sur la musique de Carlos Santana. A titre personnel, j’ai trouvé le public bien gentil de ne pas siffler, car nous étions littéralement en face d’une véritable escroquerie. Comment lorsque l’on s’appelle Eric Clapton, que l’on se trouve dans sa ville, devant plus de 70 000 personnes, est-il possible d’oser offrir un show aussi triste, à l’image de la mine d’enterrement affichée par ses musiciens tout le long de la soirée et surtout totalement dépourvu de la moindre originalité et de manquer ainsi complétement de respect à un public, qui le suit aux quatre coins du monde depuis tant d’années ?

 Seul son nom et son immense carrière lui ont permis d’éviter les huées que méritait un concert aussi médiocre.  Après son fade et insupportable set acoustique ou il nous livra les mêmes quatre chansons connues de tous, le premier des deux seuls rayons de soleil de la soirée fut l’arrivée inattendue de Marcy Levy dont le sourire et le plaisir de la revoir réussirent, l’espace de deux morceaux, à redonner le moral au public qui n’avait guère eu jusque -là, l’occasion de s’enthousiasmer et pour cause. Malheureusement pour nous, Marcy Levy s’effaçât discrètement après l’interprétation de « Lay down Sally » et de « The Core » pour laisser la place au retour de l’orgue de barbarie constitué par la suite du concert.  La lumière revint, une ultime fois, à l’occasion du rappel, grâce au retour de Carlos Santana pour l’interprétation de « High Time we went » ou le sourire et le solo aérien de notre guitariste Mexicain sur un morceau, pourtant totalement hors de son répertoire habituel, prouvèrent, s’il en était besoin, qu’il est toujours un musicien d’exception et surtout permirent à Eric Clapton de pouvoir quitter la scène sur une bonne note évitant ainsi les quolibets qu’aurait mérité la lamentable prestation qu’il a « offert » à son public.

Un show d’Eric Clapton n’est certes pas une assurance tout risque (le passé l’a déjà prouvé), mais avec ce concert du 8 juillet, nous avons atteint un des sommets de la médiocrité au point que je comparerai volontiers sa prestation au naufrage du Titanic. Dans tous les cas de figures, exceptée peut être l’annonce d’un show avec une set list 100% blues ou alors complétement rénovée, ce concert aura été le dernier de Slowhand auquel j’aurai assisté. Mon dégoût d’avoir été ouvertement pris pour un imbécile, arrivant à un tel point de non- retour, fait que l’envie de poser un de ces brillants albums sur ma platine s’est complétement évaporée. Sans doute, celle-ci reviendra ultérieurement, mais il est aujourd’hui, à mes yeux, nécessaire d’appuyer sur le bouton pause de mon amplificateur en ce qui concerne sa musique. Si Eric Clapton pouvait, de son côté, se décider à utiliser la touche « arrêt » pour ses apparitions scéniques, tout irait pour le mieux.

                                                                                                                            Frédéric.

Ps : Visiblement le débat sur sa set list commence à prendre de l’ampleur et nous ne pouvons que nous en féliciter. Voici ce qui était écrit hier sur le site « Where’s Eric » qui est pourtant un hymne permanent à sa gloire avec bien peu d’objectivité :

« There had been much online discussion about Eric’s recent set lists, most of which has been fairly constructive, but, after two recent shows in Germany, expectations of major changes to his base formula were low, although the probability of guests joining him here at some point were high ».

 

orgue de barbarie

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