Santana: Oye Como Va

Pourquoi nous rendons nous aux concerts, si ce n’est pour nous éclater en dansant et en fusionnant totalement avec des musiciens ? Ceux qui ont vécu, ne serait- ce qu’une seule fois dans leur vie, les grands festivals des seventies comprendront parfaitement, ce qui est évoqué par la suite. L’extraordinaire passage de Carlos Santana et de sa brillante formation, dimanche dernier à Hyde Park, possédait indiscutablement le parfum de l’atmosphère festive et aussi l’âme de ces grands rassemblements, comme, par exemple, ceux du Grateful Dead à San Francisco ou toute une foule dansait dans tous les sens aux sons de la musique, sans se préoccuper d’autre chose que de savourer l’instant présent. Comme tout cela contraste avec la sinistre prestation d’Eric Clapton qui suivit ou tout le monde sur scène tirait une tête d’enterrement en actionnant l’orgue de barbarie utilisée pour son show !

Car pendant un peu plus d’une heure, ce ne furent que joie et sourire qui transpiraient de la scène. Tout commença par l’arrivée endiablée des deux remarquables chanteurs et musiciens que sont Andy Vargas et Ray Greene. Non seulement ce duo chante extraordinairement bien et maitrise parfaitement ses instruments, mais surtout il sait parfaitement enflammer un public par un incroyable côté showmen que j’ai rarement croisé jusqu’à présent. Dès leur apparition, ils firent danser la foule sous le rythme des percussions endiablées, qui ont toujours marqué l’histoire de ce groupe. Et puis, Carlos Santana arriva avec son chapeau noir, vêtu d’une veste en jean portant un superbe dessin de Jimi Hendrix. Dès les premières notes de « Soul Sacrifice » qui ouvrait son passage jusqu’à « Toussaint L’Overture » qui le concluait, nous avons retrouvé le son aérien si particulier de sa guitare, que nous espérions aussi entendre chez Eric Clapton, mais qui ne vint jamais. Si son nouveau spectacle occulte malheureusement la grande partie de sa période « Caravanserai » et « Borboletta », en revanche, il couvre parfaitement ses 3 premiers albums, avec en particulier « Abraxas » ou ses musiciens, visiblement ravis( à en croire leur sourire permanent et les nombreuses photos du public qu’ils prirent) de se trouver au milieu de cette foule conquise par la chaleur de leur musique donnèrent 1h15 de pur bonheur à 70 000 personnes, qui leur firent un triomphe à la Romaine, largement mérité, à en lire les retours de la presse Britannique. C’est donc un Carlos Santana virevoltant comme à ses plus belles heures, souriant et décontracté que nous vîmes prendre des solos sublimes, endiablés et littéralement planants sur un déluge de sons latino chaleureux qui donnaient à tout le monde l’envie de danser dans un festival qui semblait fait pour lui et sa formation. A plus de 70 ans, il reste une référence incontestable de la guitare, capable de jouer brillamment tous les styles de musique, y compris le blues. Pour son convaincre, il suffit d’écouter la bande son illustrant cet article d’un morceau repris en son temps par Albert King lui-même, excusez du peu et qui lui donnerait, s’il le souhaitait, le droit de figurer en tête d’affiche de n’importe quel prestigieux festival de blues.

Et puis, comment ne pas conclure cette review sans évoquer sa charmante compagne Cindy Blackman, qui, à mes yeux, est la véritable révélation de l’après-midi et dont le talent illumina la journée. Ce blog reviendra longuement à la rentrée sur son inoubliable prestation, en particulier, sur l’incroyable moment constitué par son solo. Incontestablement, elle se situe dans la lignée des très grands batteurs qui ont toujours accompagné Carlos Santana comme Michael Shrieve ou N’Dugu Leon Chancler pour ne citer qu’eux.  Son druming, tout au long du set de son compagnon, fut non seulement brillant, mais aussi littéralement bluffant de finesse, de swing et de virtuosité, donnant en permanence le bon tempo et contribua grandement au triomphe du groupe. Nous ne pouvons que regretter qu’elle n’ait pas continué à œuvrer pour la suite de la soirée. Elle aurait sûrement réussi à sortir Eric Clapton de sa torpeur, ce que n’a pas su réaliser Sonny Emory, très bon batteur certes, mais ne possédant qu’assez peu de charisme et qui n’a jamais réussi à nous faire oublier Steve Gadd. Reconnaissons- lui cependant comme circonstance atténuante, qu’il n’est guère évident de se mettre en évidence derrière un orgue de barbarie.

Après toutes ces émotions, il est donc temps pour ce blog de prendre quelques vacances bien méritées avant de reprendre totalement ses éditoriaux, le lundi 20 août. Cependant, vous retrouverez, de manière quasi quotidienne, une chronique que les habitués commencent à connaitre et qui s’intitule « les coups de cœur » et bien sur une actualisation complète si l’actualité l’imposait.

Excellentes vacances à tous. Rendez- vous le 20 août pour de nouvelles aventures y viva el Rey Carlos Santana !

                                                                                                                                                     Frédéric.

 

Santana - As The Years Go Passing By (Live At The Filmore 68')