Noyé sous la multitude des incessantes annonces de tournées, le phénomène est relativement passé inaperçu, mais mérite pourtant que l’on s’y penche avec attention, à savoir l’évolution de la programmation des principaux festivals, nous offrant ainsi un plateau n’ayant plus guère de rapport avec son appellation d’origine. Commencé par un cas isolé, celui-ci a eu tendance à se multiplier au fil des années, décontenancent une grande partie des plus fidèles festivaliers.

Vous l’avez sans doute remarqué, les festivals sont de plus en plus nombreux dans l’hexagone dans la période estivale. Le portefeuille du public étant malheureusement limité, chaque organisateur essaie de rentabiliser au mieux son propre événement en offrant un plateau susceptible de remplir les gradins ainsi qu’en ouvrant la location plus de six mois avant l’événement, afin de pouvoir répondre aussi aux exigences financières croissantes, concernant les avances sur cachet des artistes s’y produisant. Tout ceci est d’ailleurs fort compréhensible, mais est-ce une raison suffisante pour inclure dans la programmation des musiciens dont le genre se situe à des années lumières du thème du festival et pour lequel le public se déplaçait ?

Illustrons ces propos par deux exemples très significatifs. Le premier est le festival Pause Guitare d’Albi, avec en particulier la soirée du 12 juillet 2020. Si programmer le même soir Jethro Tull (excellent choix) et Roger Hodgson (ex Supertramp) peut éventuellement se concevoir (quoi que à la réflexion, ce n’est pas si certain), que vient faire le dénommé Francis Cabrel au milieu ? L’organisateur est- il si peu certain de remplir avec les deux artistes Britanniques pour se sentir dans l’obligation de programmer, entre eux deux, un chanteur de variétés local, dont le genre musical produit est à des années lumières de celui des deux autres ?

Autre exemple et en pire celui -là, le festival Blues passions de la ville de Cognac (photo jointe), qui n’a plus de blues que le nom, car, depuis quelques années, le nombre des artistes proposant cette musique s’est réduit comme une misérable peau de chagrin. Pour illustrer ces propos, voici à ce jour, ce qui sera offert au public Charentais l’année prochaine : Francis Cabrel (encore lui) et Simple Minds (daube des années 80). Quel rapport ces gens ont- ils avec le blues ? Déjà l’an dernier, c’était Toto (daube FM de la fin des seventies) qui avait eu l’honneur de la tête d’affiche.

Mais le phénomène touche aussi des festivals réputés plus sérieux et même si suis un inconditionnel de leur musique, que sont venus faire Joan Baez et Santana, entre Chick Corea et Pat Metheny au festival de jazz de Marciac en 2018 ? Pire, l’an dernier, les organisateurs se sont ridiculisés en souhaitant rendre hommage à Michael Jackson (quel rapport avec le Jazz ?) en décidant d’inviter le reste de la tribu Jackson.  Et pourquoi pas organiser en 2020, un immense bal disco, tant que nous y sommes ! A mélanger les genres et à vouloir créer l’événement à tout prix dans le but d’augmenter les profits, les organisateurs risquent fort de désorienter un public multi sollicité par ailleurs et donc de se pénaliser eux-mêmes et organiser ainsi leur propre perte.

                                                                                                                              Frédéric.

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