Season of the Witch - Mike Bloomfield, Al Kooper, Steve Stills

Guitariste d’exception et connu essentiellement par les initiés et les amateurs du genre, il a pourtant en l’espace de quelques années marqué à tout jamais l’histoire du blues et son talent aurait mérité une reconnaissance bien plus précoce que celle qui lui fût accordée, à titre posthume, en 2012 par le Blues hall of fame et en 2015 par le Rock and Roll Hall of fame. Car du talent, Mike Bloomfield en possédait et pas qu’un peu. 

Né en 1943, à Chicago, il fut bien sur très vite influencé par le blues si typique de la capitale de l’Illinois. Influencé par Scotty Moore, Chuck Berry, B B King, Albert King, son chemin croisa très vite celui d’une autre légende du blues US Paul Butterfield. Utilisant au début une Fender telecaster, il opta dès le deuxième album du Butterfield blues band pour une Les Paul qui correspondait mieux au style du groupe et avec laquelle il composa, après toute une nuit passée sous LSD, la petite merveille « East West » qui d’ailleurs donna son titre à l’album.  Le milieu des années 60 le vit collaborer avec Bob Dylan qui venait de découvrir les saveurs de l’électrique. Mais ce qui attirait Bloomfield restait indiscutablement le blues, musique pour laquelle il était fait et dans laquelle il s’exprimait le mieux.  La deuxième partie des années 60 le vit, comme beaucoup de musiciens de l’époque, partir sur San Francisco en compagnie de Barry Goldberg et de Nick Gravenites avec lesquels il fonda un super groupe à base de blues, mais teinté de rock, de country et de soul (grâce à l’arrivée de Buddy Miles) Electric Flag qui fit les beaux jours du summer of love et de toutes les salles qui s’ouvraient sur la baie telles que le Fillmore et le Winterland. Après un album salué par la critique, le groupe se sépara miné par les problèmes d’égo entre musiciens et les effets dévastateurs du LSD et de l’héroïne.

1968, fut une grande année pour notre guitariste. Le premier événement fut l’enregistrement avec Al Kooper et Stephen Stills d’un disque absolument fabuleux et considéré comme un classique de toute discothèque « SUPER SESSION ». La reprise du morceau de Donovan « Season of the Witch » restera à tout jamais gravée dans la mémoire de tout amateur de rock. La deuxième réalisation de Bloomfield fut sa participation au nouvel album d’un des meilleurs groupes de San Francisco Moby Grape. Dans la foulée de Super Session, il donna avec celui qui lui restera fidèle jusqu’au bout Al Kooper de nombreux concerts, en particulier au Fillmore de Bill Graham d’où fut tiré un extraordinaire album considéré aujourd’hui comme un classique « The live adventures of Mike Bloomfied and Al Kooper ». L’album bénéficiant du concours de Carlos Santana et d’Elvin Bishop regroupe tous les styles tendances sur la baie de San Francisco en cette époque fabuleuse. C’est ainsi que nous passons de compositions pures blues à des tonalités plus jazzy et psychédéliques, le tout interprété avec une maestria qui vous laisse littéralement pantois.

Les années 70 le virent travailler essentiellement en solo d’abord, puis avec John Cale et Dr John sans toutefois jamais retrouver le niveau de création qui fut le sien dans la période dorée de San Francisco. Sans doute, la consommation effrénée de drogue qu’il prenait de manière très régulière a beaucoup compté dans cette stagnation musicale. Et, malheureusement, ce qui était prévisible arriva en ce 15 février 1981, où il fut retrouvé mort dans sa voiture du fait d’une overdose.

Un peu à l’image de Peter Green (toujours vivant lui), Mike Bloomfield restera comme un musicien d’époque qui aura considérablement influencé une nouvelle génération de guitaristes et dont le talent mérite d’être remis à sa vraie place, qui n’est pas éloignée des toutes premières.

                                                                                                Frédéric.