Le masque de la création !
Le détail n’a pas dû échapper à certaines et certains d’entre vous, tout au moins à celles et ceux abonnés aux nombreux sites d’informations musicales du Royaume Uni et des USA. Depuis quelques semaines, nous sommes quotidiennement soumis à de multiples annonces sur la sortie de coffrets regroupant une partie ou bien l’ensemble de la carrière de nos chères rock stars. Afin de rendre le packaging plus attractif, les maisons de disques incluent dans ceux-ci des fonds de tiroirs représentant plus ou moins d’intérêt, selon les cas. Tantôt, il s’agit de simples démos ou bien d’extraits de concerts non publiés aux qualités d’enregistrement le plus souvent fort médiocres. Pour être tout à fait juste et honnête, reconnaissons certaines réussites comme la série « Before the beginning » de la période Peter Green de Fleetwood Mac, chroniquée hier ici-même.
Alors, pourquoi cette avalange subite de coffrets commercialisés, le plus souvent à un prix exorbitant, me demanderez-vous avec raison ? La raison en est simple. L’industrie discographique se trouve aujourd’hui dans la même impasse que les organisateurs de concerts. Les artistes ne peuvent reprendre le chemin des studios d’enregistrement, du fait que ceux-ci sont fermés depuis de longs mois et que les conditions sanitaires exigées par les pouvoirs publics empêchent tout reprise d’activité dans des conditions normales. Les sorties proposées en cette rentrée 2020 ont été enregistrées avant l’apparition de ce virus, soit- disant si dévastateur, mais qui, pour reprendre l’expression de l’un de mes amis créateur et animateur depuis plus de dix années de l’excellent blog « l’œil contraire », est en train de devenir un tigre de papier pour celle ou celui qui souhaite se donner la peine d’analyser ses récents chiffres autrement qu’en regardant les présentations orientées de BFM, LCI, C News et autres médias.
Cette situation est -elle appelée à perdurer ? Il est malheureusement à craindre que oui, tout au moins en France, si l’on en croit les directives de l’un des membres Bac +15 de l’équipe au pouvoir, qui souhaite imposer le port de ce « cher » masque pour toute personne se trouvant dans un studio, y compris musiciens et chanteurs. Heureusement pour nous, la production rock dans notre pays est plutôt marginale et donc nous serons assez peu concernés par cette mesure absurde. Imaginerait-on Eric Clapton nous interpréter « Layla » avec un masque sur le visage ? Voilà où nous en sommes rendus aujourd’hui ! Triste pays, ou la peur est en train de prendre progressivement le pouvoir. Il ne nous reste plus qu’à souhaiter que ces directives ne donnent pas des idées aux dirigeants d’outre- Manche et d’Atlantique, car là, ce serait vraiment la fin pour beaucoup d’artistes appréciés par tous. Peut- être que certains d’entre vous s’en souviennent, il y a quelques années, nous était annoncée la naissance du premier bébé éprouvette, allons- nous assister, dans quelques mois, à celle du premier bébé masqué ?
Les maisons de disques commencent donc à se trouver en rupture de réelles nouveautés et se voient contraintes d’offrir, à un public toujours plus demandeur, les fonds de tiroir. C’est donc une situation fort préoccupante pour l’avenir de la culture qui se présente à nous. Terminés les concerts et la création musicale, allons -nous devoir finir notre vie avec un masque sur le visage, comme certains le souhaitent ardemment ? A chacun ses choix.
Frédéric.
