Tony Joe White

Après deux décennies ou le rock atteint son apogée, les années 80 marquèrent une régression sans précédent dans la création musicale, du fait que l’image prenait bien trop souvent le pas sur la musique.  L’apparence primait hélas sur le fond. C’est ainsi que, nombre de nos artistes préférés, privilégiaient ces saletés de clip vidéo à la musique. Et le pire, c’est que ce virage à 180° imprima tout de suite sur le public, prêt à tout gober d’un ignoble marketing. Souvenez-vous, il suffisait de se montrer beau, conquérant, sportif, entouré de jolies filles et en bonne santé sur un fond sonore de boîte à rythme et de tourner un clip bien ficelé pour connaître un succès aussi immédiat qu’éphémère.

Si quelques -uns de nos artistes résistèrent à cette vague destructrice, nombre de de nos musiciens préférés cédèrent à la tentation de l’argent facile. Pour vous en convaincre, il vous suffit d’écouter et de regarder les productions sonores et visuelles de Don Henley, génial fondateur de Eagles ou bien de Doobie Brothers, des Who, des Stones ou encore de Eric Clapton et son association avec le sinistre Phil Collins, tous perdus musicalement au milieu du néant de cette décennie. Mais le plus déconcertant est que cette triste vague avait même réussi à contaminer des artistes pourtant peu réputés pour leurs concessions commerciales. C’est ainsi qu’en effectuant la semaine dernière, une petite tournée des vendeurs de vinyle de Bordeaux, je suis tombé, par le plus grand des hasards, sur un album vinyle en pressage US de Tony Joe White, intitulé « Dangerous ». Ne le comptant pas dans ma collection et vendu en parfait état, au modeste prix de 5€, les risques de déception étaient donc fort limités. Et pourtant, une fois posé sur ma platine, je me suis demandé si c’était bien le génial guitariste, vu au New Morning en 2016, qui avait pu enregistrer une telle daube, au point, qu’après 5 minutes d’écoute, je me suis levé de mon canapé pour vérifier l’étiquette, au cas où il y ait eu une erreur de pressage de la part de la maison de disques.

Malheureusement, ce n’était pas le cas et sur une infame boîte à rythme, la voix, si particulière, de notre homme des bayous ressemblait étonnamment à celle de Barry White (souvenez-vous, c’est celui qui interprétait » Can’t get enough for your love » dans les années disco), au point qu’il me fût impossible d’aller au bout de l’écoute de l’album.

Bien sûr, certains, à l’image du Grateful Dead et de quelques autres, résistèrent à cette horrible vague, mais il est tout de même fort regrettable que nombre d’artistes, que nous apprécions tant, aient perdu dix années de création.

                                                                                                                               Frédéric.