En ces premiers jours de 2019, l’actualité de notre musique se passe de l’autre côté de l’Atlantique. S’il convient de reconnaître que nos amis Américains restent les maîtres incontestés du business et sont toujours à la pointe de l’événement, pour être tout à fait juste et objectif, nous ne pouvons qu’être admiratif devant leurs initiatives. A ce titre, nous ne pouvons que saluer chaleureusement celle prise par le maire de Denver, le 26 décembre dernier, qui a décrété que cette journée de 2018 s’appellerait « Led Zeppelin day » en l’honneur du cinquantième anniversaire de la toute première prestation du groupe de Jimmy Page sur le territoire Américain. Pour mémoire, la formation se produisait en première partie de Vanilia Fudge au Colorado’s Denver Auditorium Arena. Une telle initiative serait elle prise par un de nos maires ? Sans vouloir être spécialement mauvaise langue, il est fortement permis d’en douter.

Mais l’événement que prépare toute l’Amérique aujourd’hui est bien sur le cinquantième anniversaire du plus grand festival de l’histoire de la musique. Vous l’aurez facilement deviné, il s’agit bien évidemment de Woodstock, qui a fait basculer le rock dans une autre dimension en lui permettant de sortir de sa diffusion marginale, grâce en particulier aux deux albums et surtout au film avec son procédé d’images triples, révolutionnaire pour l’époque. Alors qu’attendre de cet anniversaire ou plutôt événement commercial, encore mystérieux dans son contenu au moment ou sont écrites ces quelques lignes ? Au risque d’en surprendre et décevoir quelques -uns, j’aurai plutôt tendance à dire pas grand-chose, voire rien du tout et même à penser qu’une simple cérémonie, avec un mini concert donné par quelques survivants, aurait largement suffit pour commémorer ces dates inoubliables car, avant tout, le festival de Woodstock de 1969 était un incroyable et fabuleux mélange de musiques et de combats idéologiques totalement indissociables et disparus depuis et il est donc difficile de concevoir que ceux-ci peuvent être ressuscités avec leur esprit d’origine, cinquante années après.

Sur un plan purement musical, une grande partie des « héros » de 1969 (Alvin Lee, Joe Cocker, Ritchie Havens etc..) sont, pour notre plus grand regret, partis pour un monde meilleur et les formations des quelques survivants (Santana, Who etc…) n’ont plus grand-chose à voir, dans leur composition, avec celles qui s’étaient illustrées sur la scène de Bethel Wood. Quel serait l’intérêt de les voir se produire, comme l’affirment les premières rumeurs, avec des groupes actuels type Coldplay ou Arianna Grande, qui sont à des années lumières de l’esprit de Woodstock, si ce n’est trahir sa mémoire au nom d’intérêts commerciaux douteux ? Seule une éventuelle réunion de Crosby, Stills, Nash and Young pourrait être, à mes yeux, synonyme d’un véritable et réel intérêt. Mais pour que celle-ci soit réalisable, il faudrait que nos artistes commencent à se réconcilier, ce qui, compte tenu des dernières déclarations de Graham Nash et de David Crosby, semble bien mal parti.

Pour toute une génération ainsi que pour beaucoup d’entre nous, Woodstock est un mythe qui a bercé notre jeunesse et dont nous rêvons encore régulièrement, sachons garder son esprit et ne le dénaturons pas au profit d’intérêts financiers. A ce titre, les forts discrètes commémorations, en 2017, du cinquantième anniversaire du « Summer of love » de San Francisco et du festival de Monterey (autres événements majeurs des sixties) ont montré le chemin qu’il convenait de suivre. Woodstock appartient au patrimoine musical de l’humanité, préservons- le précieusement.

                                                                                                                                      Frédéric.

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